Pascalle Monnier : Bayart
Traduit par Cole Swensen
Black Square Editions, 2002

Pattie McCarthy: bk of (h)rs
Apogee Press, 2002

Disponibles sur le site : www.spdbooks.org

 

Il est particulièrement exaltant que deux livres, l'un originalement publié à Paris et l'autre à Berkeley en Californie, s'évoquent sans le faire exprès. Lire Bayart de Pascalle Monnier et bk of (h)rs de Pattie McCarthy, c'est comme rencontrer deux esprits qui se sont réunis pour en former un troisième. La meilleure manière de les décrire est de dire qu'ils s'enracinent tous deux dans une conscience médiévale. En trouvant leurs voix hors de la réalité contemporaine, ces poètes ont ouvert si grand le champ de vision de leur œil poétique qu'elles ont fini par converger.

Bayart est divisé en quatre parties, chacune correspondant à une saison. Dans chaque saison, il y a différents degrés de conscience. Comme une caméra fait le point aux moments significatifs, ce livre zoome sur les objets avec une stupéfiante attention aux détails les plus infimes, comme si les parties formaient vraiment le tout. L'histoire de Bayart, chevalier qui, au cours de l'année, accomplit le voyage de la sphère domestique au champ de bataille, sert de fil reliant les différentes sections. A l'intérieur de cette progression, plusieurs voix et plusieurs manières de raconter l'histoire : des lettres, des journaux intimes, des notes, des observations. Le récit n'est jamais restreint à un seul de ces éléments : l'histoire est précisément racontée par leur fonctionnement ensemble. Du printemps à l'hiver, du foyer à la guerre, Bayart représente la découverte d'une histoire intérieure qui est remise en question par son propre récit.

Le livre des heures médiéval était un guide des saisons illustré. bk of (h)rs intériorise les saisons et raconte une autre sorte d'histoire. Il n'y a pas de personnage, mais plutôt la vocalisation intérieure d'une femme qui parle à travers le temps pour trouver son assise dans le présent. Le point de fuite du livre est l'amant de la poète : un " tu " familier qui dirige son énergie. Le langage qu'elle a trouvé pour s'adresser à lui évoque une syntaxe épistolaire et un vocabulaire obscur. Pour donner une forme à la langue, la poète a inventé son propre usage de la ponctuation qui refuse les lettres majuscules. Comme Bayart, un cadre médiéval a permis à la poète d'inventer son propre langage pour se délecter dans un espace privé qui pourrait dater de plusieurs siècles - et qui est pourtant distinctement contemporain. La friction entre les tons du passé et du présent dans ce livre évoque la délicatesse d'une poète médiévale avec une intelligence propre au vingt et unième siècle.

Tournant autour de leurs éléments médiévaux respectifs, ces deux livres montrent une attention simultanée à l'imagination et au langage. Ils ont quelque chose d'exquis, chacun racontant des changements de saisons, poursuivant l'infime dans le grandiose et soulignant le privilège exquis de créer un monde à travers des fragments lyriques qui vacillent entre sérénité et bouleversement.

 

--Kristin Prevallet
Traduction par Laura Mamelok


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