Daniel Bouchard

Traduit de l'anglais par Olivier Brossard

Ontologie trottoir

 

Remue.
Noir.
Gros comme le poing un pot plein de terreau.
Le pain est chaud
et beau. Une fine paille
s'enroule et effleure
un bord en céramique.
Vagues de circulation. Pouls
pris à la gorge, la Pennsylvanie
au matin, octobre dans ta
chambre il y a plusieurs mois.
Allées et venues du bécasseau. Lever de lune
Sur une baie noire.
Un nouvel été signifie
une nouvelle adresse. Je t'ai vue
à un arrêt de tramway ce matin.
Jours de pluie et lundis, etc.
Il n'y a pas d'oiseaux à Boston
comme ceux qu'il y a sur la côte du Rhode Island.
Je voulais croire que c'était toi.
Je ne pense pas beaucoup aux autoroutes,
aux routes de Pennsylvanie.
Je m'en souviens dans l'ensemble. Tes cheveux,
tes mains, le fait que tu ne pouvais pas courir très bien.
Tu es si jolie en robe.
Et dit d'une voix douce : « Mon cour, aimez-vous cela ? »

Sortir de l'immeuble
le lendemain matin
pluie torrentielle et découvrir
une voiture écrasée par un arbre centenaire
à un carrefour de Philadelphie.
Ta peau est chaude
et belle. Tout
ça c'était des champs avant.

 

 

Hiver avancé

 

L'hiver bien avancé Thoreau
avait seulement réussi à écrire roselin pourpré
sur la page.
La couleur en fusion
configure un aperçu
ou un reflet sur la vitre du tram.

Petit à petit les trottoirs recouvrent
la route (sorte de mousse civique).
Avenue de boîtes de nuit, devantures
rideaux de fer ; de nouveau l'endroit change.
A côté de maquettes de rues,
une rivière au large lit
sur photo précision cartographique.
Il y a quarante ans, le progrès c'était
des rues plus larges dans le centre-ville.

Une légère bruine noie le square,
noircit des morceaux minéraux de chaussée
et l'eau de mer a l'odeur de la vie même.

Les pas secs des gens pressés. Allure
d'insanité sanguine ils ont l'air
si peu à l'aise pour une chose si naturelle.
Les tramways font la course avec les voitures quittant la ville
et une centaine de feux rouges s'allument pile ensemble.

 

 

Le lexique fait partie de la mémoire déclarative

 

Une fleur sauvage
Le passé de lis
au temps jadis d'anémone

floraison passée de votre asphodèle
vieux jours boutons d'or
vieux muguet des jours passés

Jours grâce guère grues becs n'a
Désir de vieille fleur de naguère papillon
Les jours dorés de vieilles tulipes

Roses d'apogée, splendeur de géranium
auld lang syne bégonia, souci
antiquité, distante capucine

Ere du jardin de paon
Lustre d'herbe au vent
Magnificence.

 

 

Accès au système nerveux par endoctrinement

 

Vitres fermées de voitures garées brillent
Sous ailes périphériques, métalliques, aéroportées
Fins éclairs de lumière en synapse rapide, quelques instants auparavant
Là-bas sur l'eau le petit point blanc d'un oiseau de mer
Sous des nuages d'iceberg libérés en été
Les éclairs passent comme un paquet de pétards
Muets sur le bitume, une chute de 7000m
Quand les dimensions augmentent en cet après-midi de semaine
Plus de voitures maintenant mais une jeune femme l'appareil photo
A l'oil, quels yeux me dis-je, elle vise
Les buissons peut-être les oiseaux avec des stries indigo ou des ailes
Ecarlates et lisses. Non plus écarlates mais canneberge,
Brun roux et vert foncé, sombre, le terrain
Entre le fin tracé de route grise gravé le long de la côte
Mer pourpre, littoral aux lèvres de sable, sente escarpée
Surface ridée telle une peau susceptible de crever.